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Production d'huile de colza et de farine de blé

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Ils témoignent en Circuits-courts & agritourime ...

Ma limite ? La taille de ma ferme !

EXPÉRIENCE

Céréalier, Jean-Marie Lenfant s’est diversifié dans la production d’huile de colza et de farine de blé. Zoom sur ce producteur précurseur sur les circuits courts.

Il sème ses graines comme tous les agriculteurs du département. Jusqu’ici, rien d’inhabituel. Mais sa différence, ce sont ces petites bouteilles alignées dans son magasin à la ferme. Elles contiennent l’huile de colza qu’il a pressée et décantée avant de l’embouteiller, à la main.

Jean-Marie Lenfant est connu dans l’Eure, car un peu précurseur des circuits courts, il est l’élu en charge de ce dossier à la Chambre régionale d’agriculture.

«Le poids du métier fait que parfois, les agriculteurs n’osent pas franchir le pas de la diversification» regrette-t-il. Quelle idée de griller des graines de colza, de cultiver du safran ou de fabriquer du boudin ! Cela ne va pas sauver l’agriculture mais peut faire partie d’un tout : une partie de sa production vendue à la coopérative, une autre sur les marchés à termes et une dernière partie transformée à la ferme. C’est l’ensemble qui fait qu’on y arrivera».

Fibre du commerce

Ce céréalier a longtemps été un double actif. Il n’est donc pas passé par la case jeune agriculteur. Quand il s’est finalement installé sur la ferme familiale il y a douze ans, il a rapidement décidé de se diversifier. Le rythme lui paraissait trop calme.

«Ne faire que du blé, je m’embêtais», se rappelle-t-il. Il s’est essayé au mouton mais s’est rendu compte qu’il avait plutôt la fibre du commerce que de l’élevage. Son ancien travail de commercial a évidemment joué un rôle dans sa décision.

«Il faut être capable de faire de bons produits mais il faut aussi les vendre».

Jean- Marie conseille à ceux qui hésitent de suivre des formations. En 2004, après avoir rejoint le réseau «Bienvenue à la ferme», l’agriculteur eurois découvre la vente directe, les marchés, les foire-à-tout. Il tâtonne. Mais petit à petit, il se fait une clientèle de professionnels : épiciers, restaurateurs…

«Je privilégie les clients qui paient et qui commandent régulièrement». Il organise des tournées : en résumé, il se professionnalise.

«Je détermine le prix, ce n’est plus la coopérative qui rédige pour moi la facture», apprécie-t-il. Avec ses presses d’origine allemande, il peut fabriquer tout type d’huile. La presse entraîne une vis sans fin, qui écrase le grain, extrait l’huile, tandis que les coquilles sont récupérées. Ces résidus de pressage, les tourteaux, partent chez un éleveur de Seine-Maritime. Il utilise sept conditionnements différents, du spray au bidon.

«Chacun est destiné à une clientèle particulière, c’est important de segmenter le marché». Sur une étagère, il montre toutes les graines qu’il a testées : arachide, tournesol, lin, noix de cajou, pois chiches…

Il s’est pris de passion pour les machines et délivre des conseils à ceux qui souhaitent se lancer. Ayant trouvé un débouché pour son colza, Jean-Marie Lenfant s’est ensuite demandé s’il pourrait aussi valoriser une partie de son blé. Il s’est donc lancé dans la production de farine. Là, l’équipement nécessaire est plus impressionnant avec le moulin autrichien qui occupe un bel espace dans la meunerie.

La réglementation est plus contraignante aussi. Au-dessus de 350 quintaux, il faut demander un droit pour produire, faire des déclarations tous les mois à FranceAgiMer. Sur ses 130 hectares de culture, il conserve 600 quintaux de blé et 400 quintaux de colza pour la transformation, plus un peu de sarrasin et de tournesol, soit à peu près 30 hectares.

«A une certaine époque, j’ai utilisé l’huile de colza comme carburant pour tracteurs mais cela n’a pas duré, cela ne valait pas le coup». Il s’en est donc tenu à l’huile alimentaire. Mais pour demain, Jean- Marie a d’autres idées, il pense à essayer la fabrication de moutarde avec le colza, ou pourquoi pas de pâtes avec sa farine de blé. Il a aussi noué des partenariats avec un restaurateur pour faire des tuiles et des sablés au colza, ou avec une productrice laitière pour faire du savon. Quelle est sa limite au système ? «La taille de la ferme. Car on ne transforme que ce qu’on produit», insiste-t-il.

 

LAURENCE GEFFROY

Avec l'aimable autorisation de l'Agriculteur normand