Vous êtes ici : Accueil > A proximité > Actualités locales > Bio et sans labour, c’est parfois possible

Bio et sans labour, c’est parfois possible

Accéder aux flux rss de notre siteImprimer la page

Concilier l’absence de charrue et le non emploi d’herbicide semble un pari difficile.

La porte ouverte Reine Mathilde du 10/09/2020 a apporté sa pierre à l’édifice, avec au programme :

. les leviers à prendre en compte pour réussir le sans labour en AB,

. les premiers résultats des essais en place,

. des démonstrations pour observer simplement la fertilité de son sol.

 

 

Les incontournables pour réussir le sans labour en bio

Quelques très rares fermes bio pratiquent le sans labour, en travaillant le sol superficiellement. Dans les autres fermes, la charrue est un outil de désherbage efficace. Toutefois son emploi génère des questions sur la perturbation de la vie du sol et sur le bilan carbone.

Jean-Luc Le Bénézic de l’association Biodiversité Agriculture Sol Environnement (BASE) a insisté sur les conditions à réunir pour réussir la combinaison bio et sans labour. En particulier :

  • travailler superficiellement le sol,
  • couvrir le sol en permanence,
  • alimenter toute l’année la vie microbienne du sol avec des apports organiques ou des systèmes racinaires (des cultures en place ou bien des couverts végétaux),
  • s’il faut détruire une prairie, un outil rotatif travaillant à faible profondeur sera nécessaire, avec une destruction en été pour augmenter la réussite de l’opération.

L’anticipation devient un maître mot.

Un essai pour comparer labour et sans labour

Un essai a été implanté sur 0,5 ha sur le GAEC Guilbert, en agriculture biologique, à Tracy-Bocage (14). Il vise à comparer les mêmes cultures en bio, conduites d’un côté avec labour et de l’autre sans labour, en distinguant deux rotations culturales, l’une orientée élevage et l’autre orientée cultures. C’est uniquement le matériel de l’exploitation qui est utilisé : un rototiller, un déchaumeur à dents ou à pattes d’oie. Chaque année, de la prairie est détruite pour implanter les premières cultures de la rotation, qui sont un maïs fourrage et un blé.

Premiers résultats

Prenons l’exemple du blé. En première année (2019), ce fut un blé de printemps.

On a observé, en sans labour, une culture et des adventices plus développées par comparaison au labour. La destruction de la prairie à partir de février a été efficace contre toute attente, en raison d’un printemps sec et favorable à notre situation. La vie du sol mesurée au travers du comptage des vers de terre et de la dégradation de slips enterrés ne montre pas d’écart en première année, constat peu surprenant après plusieurs années de présence de prairie. Par contre, surprise sur le rendement du blé : 31 q en sans labour contre 25,7 q en labour. Néanmoins, cette première année a recouru à un nombre supérieur de passages dans la partie sans labour pour sécuriser la destruction de la prairie, ce qui augmente le temps passé, la consommation de carburant et par conséquent le coût de mécanisation.

Les résultats de la 2e année semblent s’inverser en faveur de la conduite avec labour. La météo a perturbé le développement du couvert (colza fourrager) installé en été suite à la destruction de la prairie, il n’a pas rempli son rôle d’étouffement des repousses prairiales. La météo très humide a ensuite rendu difficiles les implantations hivernales, surtout en sans labour, et n’a pas laissé de possibilité de détruire le ray-grass présent dans le colza fourrager.

Les résultats concernant le maïs se résument ainsi : salissement supérieur en sans labour, rendements similaires autour de 10 t MS/ha, le nombre de passages d’outils est le même, la marge finale est par conséquent similaire.

Des slips complètement dégradés

Un atelier pratique récapitulait les observations faites sur le sol pendant la première année : les comptages de vers de terre, la dégradation des slips enterrés, avec des résultats similaires pour ces deux indicateurs entre labour et sans labour. Les états de surface du sol étaient bien sûr notablement différents avec la présence de résidus végétaux en surface dans le cas du sans labour.

Un test de stabilité structurale avec des mottes (issues de différents passés culturaux) immergées dans des colonnes d’eau illustrait la cinétique de dégradation de ces sols. Un profil réalisé avec un téléscopique a permis de visualiser les différents horizons et d’éventuelles traces de compaction, d’appréhender la circulation de l’air, de l’eau, avec l’observation de la porosité, la présence de vers de terre.

Contacts